Jamafra: 11 titres avec différentes combinaisons, le choix des artistes s'est fait comment ?
Straika D: Pour ma part, j'ai rencontré la chanteuse américaine Blue Eyes en Suisse, bluffé par sa voix je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire, bien qu'elle ne se soit jamais essayée à cette vibe. C'est une artiste soul/jazz qui est ouverte à tous les horizons musicaux et notre rencontre devait être scellée par quelque chose. Cela a abouti au titre "High tonight". D'autres sons vont arriver plus tard, donc la période pendant laquelle nous avons travaillé ensemble a été très positive, ensuite pour les combinaisons, il y a Matinda qui a invité Marsha pour le morceau "La vie sans toi "et L.T pour le titre "Sa nou lé", ce sont ses choix personnels et je ne peux en pas parler en son nom.
Yaniss Odua: (En ce qui concerne les combinaisons) Tout seul ! Comme au premier jour !
Jamafra: Au niveau des mélodies, comment les avez-vous élaborées ?
Yaniss Odua: Donc là en fait, les dancehall sont en digital, mais après le reste des autres morceaux ont été travaillés et joués avec des musiciens et leurs instruments. On peut dire que c'est une collaboration totale avec les musiciens, nous avons une idée de départ et ensuite chacun participe avec sa vibe à la construction du morceau, c'est un travail de complémentarité.
Straika D: Pour préciser sur les mélodies, la plupart des musiciens travaillent avec My Band et ensuite pour les additionnels il y a Dean Fraser , Earl Chinna Smith ... Pour mon son "No limit", j'avais déjà programmé le riddim avec Kaprisson, nous avons fait ça à l'ordinateur et ensuite nous l'avons fait écouter aux musiciens qui se sont posés dessus. Le travail a été intéressant, car ils ont amené leur touche personnelle.
Jamafra: Vous avez eu l'occasion d'entrer dans les studios légendaires ; Tuff Gong et Penthouse, vos impressions sur le travail à la jamaiquaine ?
Yaniss Odua: Concernant les déplacements en Jamaïque, toute l'équipe n'est pas partie là-bas en raison des projets en cours qui nous retenaient ici, donc nous avons laissé certaines directives aux personnes qui s'y sont rendues.
Moi, j'ai eu l'occasion de m'y rendre avant ce projet là. C'est une autre façon de travailler, très spontanée, c'est la différence, là- bas ils travaillent en "one shot" tout le temps, pour enregistrer c'est ce qui compte, la première vibe, c'est une sorte de performance.
Jamafra: D'après toi cette façon de travailler est liée à quoi ?
Yaniss Odua: C'est la culture, au début c'était surtout pour une raison de moyen, à l'époque, pendant que t'enregistrais en même temps on gravait sur vinyl, cela ne permettait pas de faire plusieurs tentatives. On prenait ta vibe et tu n'avais pas le temps de "flop", si c'était "flop" sa partait à la poubelle. Cette façon de faire est restée et aujourd'hui tout le monde travaille comme ça. J'ai vu beaucoup d'artistes créer des textes, mais j'en ai vu très peu avec une feuille de papier et un stylo. Donc ça impressionne, de voir des artistes comme ça sortir des lyrics directs.
Pour un artiste reggae je pense que la Jamaïque est une bonne destination, il y a beaucoup de choses à apprendre de leur expérience, ça ne peut-être qu'une étape très positive.
Jamafra: Vous-vous positionnez en tant qu'artistes conscienst, quel est votre regard sur le reggae en général aux travers des textes et des valeurs ?
Straika D:La musique reste quand même dans le domaine de la libre expression, ce qui fait que chacun a le droit de dire ce qu'il veut. Après on adhère au message ou pas. Le fait d'être "conscient" c'est notre propre choix, je chante ce que je vis, c'est surtout ça, je n'ai pas de temps à perdre dans "bling bling and thing".
Yaniss Odua: Le but du reggae c'est de chanter ce qui se passe vraiment et pas d'inventer des histoires, enfin moi ça ne me choque pas d'entendre un peu de tout c'est comme dans la vie, il y a des avis qui ne sont pas forcément les tiens et je pense aussi que cette diversité dans l'expression maintient cette musique en vie. On n'a pas tout le temps ce que l'on veut entendre et on aime ou on n'aime pas, comme le disait Straika, c'est à toi de faire ton choix.
Jamafra: Un mot pour finir ?
Straika D & Yaniss Odua: Oui, tout d'abord un spécial pour l'éternel qui nous a donné toute la force pour pouvoir mener tout ça au bout. Un big up à tous ceux qui nous ont soutenu depuis le début et qui nous accompagnent chaque jour, nous ne pouvons pas tous les nommer, mais nous n'oublions personne !
La rédaction de Jamafra espère vous avoir positivement convié à cette escapade haute en vibs, et pour ceux qui veulent prolonger la route, suivez les liens ! Big up !
Sista.C et Stéphane pour Jamafra.
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